Un père en colère - Jean- Sébastien HONGRE

Publié le 13 Septembre 2013

Un père en colère - Jean- Sébastien HONGREUn père en colère - Jean- Sébastien HONGRE

« Comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne sais pas. Sans doute, comme pour beaucoup de parents, par ces abandons successifs de territoire, ces reculs de notre autorité, dès la naissance, qui sont peut-être la faiblesse principale de notre génération. Nous n’avons plus su dire non quand tout autour d’eux disait « Just do it ». Avouons-le, l’éducation de nos enfants est devenue difficile.

Stéphane est ingénieur et père de deux enfants, Fred et Léa. Il vit à Saugny, une banlieue parisienne, avec sa femme Nathalie, une enseignante.

La principale usine de la ville a disparu et mis au chômage de nombreux habitants.  Depuis, c’est devenu la zone, la crise, « Ça craint » diraient certains.

Les  jeunes passent leur temps au pied des tours, vendent de la drogue, en consomment, et ont mis en place une organisation digne d’une mafia italienne.

Il y a un chef : Karim. Tout le monde le redoute et pour cause, il n’hésite pas à torturer dans les caves d’immeubles. La violence est sa seule nourrice depuis toujours.

Les enfants de Stéphane se sont progressivement laissé prendre dans cette ambiance violente, pour survivre et ne plus subir ils sont devenus bourreaux. Leur seul moyen de communication est le rapport de force. Stéphane ne les reconnait plus... Ils sont devenus délinquants.

En désaccord depuis toujours avec sa femme quant à l’éducation à leur donner, il a laissé faire pour ne pas avoir l’air vieux jeu, mais pourtant... Pourtant, il le sait aujourd’hui, il aurait dû être plus ferme.

Pris par son travail et le quotidien, il n’a pas vraiment fait attention à la dérive de ses enfants, n’a pas vu ou n’a pas voulu voir ce qui se déroulait sous ses yeux. Il n’a pas su les protéger.

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Désormais séparé de sa femme, il est absent du domicile et ne peut que constater l’ampleur des dégâts causés par ce laxisme éducatif, le quartier, les fréquentations...  

Fred et Léa se droguent, ne font rien de leur journée sauf fréquenter les « Gremlins » comme Stéphane les nomme, ce que l’on appelle plus communément « la racaille »...

Nathalie, quant à elle, est totalement déconnectée. Elle œuvrait pourtant avec cœur pour les jeunes de la ville, tentant de rétablir l’autorité au sein de sa classe, persuadée que tout n’était pas perdu. Elle a renoncé le jour où un élève l’a violemment frappée.

Depuis, elle est en dépression...Elle a également démissionné de son rôle de mère. A la maison, Fred et Léa commandent. En véritables petits dictateurs, ils font tout ce qu’ils veulent. Nathalie subit, n’ose rien dire, a peur.... Peur de ses enfants...

Les potes du quartier envahissent la maison, viennent fumer, se droguer et boire. Les cadavres de bouteilles jonchent les tables, les aller-venues sont permanents, la maison leur appartient. Nathalie reste dans sa chambre, anéantie, impuissante...

Entre Stéphane et ses enfants, le contact est désormais rompu. Hostiles à toute forme d’autorité, ils ont rejeté leur père. Dès qu’il franchit la porte, les insultes et les menaces fusent. Stéphane ne sait plus quoi faire pour les aider et retrouver sa famille. Il sait qu’il a raté l’éducation de ses enfants, mais que faire ? Comment les sortir de cette situation ? L’argent est facile, la violence est devenue la seule arme possible pour survivre dans ce quartier où la drogue et l’alcool ont pris la place des ballons de foot et des jeux entre amis.

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Mais alors que la situation est déjà catastrophique, un drame survient. Nathalie percute son véhicule contre une pile de pont : suicide, accident ? Suicide probablement... Comment supporter au quotidien de voir ses enfants se détruire tout en étant impuissante... Comment ne pas sombrer ? Elle se retrouve dans le coma, entre la vie et la mort. Les enfants sont livrés à eux-mêmes. Stéphane ne communique plus avec eux, à tel point qu’ils évitent de se croiser à l’hôpital.

Stéphane se révolte et devient en colère. Comment sa femme a-t-elle pu en arriver là ? Tout le monde se moque de leur situation. Il aimerait retrouver une famille mais il est seul et désarmé. Personne ne semble réagir. Personne pour aider ces jeunes avant en  prison, ou la mort. Que fait la société pour ces familles au chômage, à la dérive, baignant dans leur misère, au bord du gouffre ? RIEN. Vers qui peut-il se tourner ? Il ne lui reste que la colère...

Alors que Stéphane rumine ses malheurs, il lui vient l’idée d’ouvrir un blog pour faire sortir sa colère, écrire ce qu’il vit, dénoncer, poser des mots sur ses maux, et se libérer du poids qui le ronge. Il rédige un article dans lequel il explique sa situation, y décrit son quartier, écrit sur  les « Gremlins ». Pourquoi fait-il cela ? Il ne le sait pas encore mais il en a l’envie.

Au début, son blog n’a aucune visite et devient alors une sorte de journal intime. Chaque jour, il y écrit ses états d’âmes, ses humeurs, ses coups de gueule... Après quelques semaines, les commentaires d’internautes arrivent : des témoignages de soutien, de gens dans la même situation que lui avec leurs enfants...

Et puis il y a Kamel, un môme du quartier qui se détache du lot des Gremlins, même s’il les connait bien... Stéphane le considère au départ comme les autres, mais va s’apercevoir qu’il existe des lumières même dans les recoins les plus sombres, et que capuche ne rime pas toujours avec racaille...

Stéphane écrit, communique avec d’autre parents dans sa situation, se sent soutenu et compris....Les visites affluent sur son blog à son grand étonnement, mais il est loin d’imaginer où tout cela va le mener. Les médias le découvrent et s’emparent de son histoire... Et ça, il n’y était pas préparé...

Un père en colère - Jean- Sébastien HONGRE

Le fait que ce livre soit écrit comme un témoignage apporte une dimension vivante au récit à travers lequel il est facile de s’identifier, aussi il  invite à réfléchir.

Les personnages sont crédibles et bien construits. Le personnage du père (Stéphane) est touchant. On ressent et comprend parfaitement sa détresse.

Les premières pages attirent, puis les péripéties et l’intrigue nous emportent aisément. La lecture est accessible à tous, les mots sont faciles. L’intrigue est bien menée, le dénouement plausible. Un scénario qui pourrait aisément faire un film.

Cependant un élément de l’histoire m’a un peu dérangé. Stéphane est, rappelons-le, ingénieur et sa femme, Nathalie, enseignante. Alors en parcourant ce livre, et à la fin de la lecture, on se demande vraiment pourquoi ils sont resté vivre dans ce quartier.

Je peux comprendre qu’une famille n’ayant pas les moyens de déménager n’a pas d’autre choix que de rester dans une telle ambiance, mais eux ? Je ne comprends pas. N’importe quelle personne fuirait de ce coin...

D’autres questions se posent également :

Pourquoi ne pas s’être donné les moyens de changer ce qu’ils pouvaient changer, tout en restant vivre là ? Comme scolariser leurs enfants en école privé afin qu’ils fréquentent le moins possible la délinquance?  Pourquoi n’ont-ils pas favorisé leurs enfants, puisqu’ils en avaient les moyens ?

Dans la mesure où cette mère tentait des choses avec sa classe, c’est qu’elle avait pleinement conscience des problèmes et des leurs conséquences... Il faut être très naïf pour se dire que leurs enfants allaient réussir à ne pas être affectés tout en vivant au milieu de tout ça...

Ces points me semblent donc peu crédibles, toutefois il est facile de  faire l’impasse sur ces détails qui ne gâchent en rien le scénario.

On passe un moment de lecture très prenant.

Un père en colère - Jean- Sébastien HONGRE

Ce livre soulève des problèmes de société. Des problèmes qui font les titres des journaux mais dont on ne prend peut-être pas assez conscience si on ne vit pas dans les villes concernées par ce fléau.

- A l’évidence, il soulève en premier celle de la place des parents dans l’éducation des enfants.

Bien sûr, l’éducation d’aujourd’hui n’est plus celle d’autrefois, où le père assis en bout de table frappait du poing pour marquer son autorité, tout en sermonnant ses bambins d’une voix ferme, ce qui suffisait à leur faire retrouver le droit chemin ! Tout cela est bien terminé, ou presque. Aujourd’hui, nous vivons dans une société où l’épanouissement des enfants passe par le laisser-faire et le dialogue. Pas de cris, de fessées, d’autorité trop ferme.

Certes, considérer l’enfant comme un être sans sentiment ni pensée n’est pas ce qu’il y a de mieux pour en faire un adulte épanouis, or entre ces deux extrêmes, il y a un juste milieu à trouver qui semble progressivement disparaître...

Il suffit de regarder les parents qui partent travailler à 7h00 et qui ne rentrent chez eux qu’à 19h00... Quand peuvent-ils éduquer leurs enfants ? Les enfants rentrent de l’école à 17h00, seuls. Ils goûtent, font leurs devoirs, regardent la télévision etc. et attendent le retour des parents....A l'heure où ils rentrent, je comprends qu'ils ne peuvent pas faire d'éducation convenable...Le week-end, ils veulent profiter et ne focalisent pas forcément sur l’éducation. Les pères d’autrefois sont devenus des « papas », les mères des « mamans » ou du moins, on leur demande de l'être...

Les enfants savent désormais qu’ils sont des êtres à part entière dans la famille et ont, au même titre que leurs parents, le droit de s’exprimer librement. L’éducation d’aujourd’hui leur offre la possibilité de s’exprimer à loisir par des « oui mais », des « c’est bon », des claquements de portes et autres joyeusetés. On en discutera avec l’enfant lorsqu’il sera calmé puisque, rappelons-le, ces actes montrent qu’il est bien vivant et libre de s’exprimer...

De telles attitudes entre 3 et 10 ans peuvent paraître anodines bien qu’agaçantes. Mais lorsque l’enfant a 15 ans? Que se passe-t-il ?...Alors, inconsciemment ou consciemment, certains parents comptent sur l’école pour faire ce travail éducatif à leur place. Ils comptent sur la société aussi...Je reste convaincue que l’école n’a jamais élevé les enfants. Elle n’était et n'est que la continuité de ce qui était déjà inculqué et acquis à la maison : le respect des adultes et des autres, la politesse, l’obéissance, etc.

Or, aujourd’hui, il semblerait, à entendre certains discours de parents, que l’école soit entièrement responsable de l’éducation des enfants, telle une nourrice, puisque les parents n’en ont plus le temps...Il m’est arrivée d’entendre un père me dire : « Mon fils est dur et fait le bazar en classe mais on a beau le gronder, ça n’y fait rien et l’école ne nous propose rien, elle ne fait que de nous reprocher ses attitudes ! » Qu’attendait-il que l’école fasse ? ....Le résultat est là. Non, l’école n’élève pas les enfants...

Les enfants d’aujourd’hui ne sont plus les petites têtes blondes et obéissantes d’autrefois. Ils ont changé, la société aussi. Ils s’affirment très trop, osent, sont précoces mais nous restons des parents. Je crois que le rôle du parent est primordial même si ensuite, d’autres acteurs interviennent. Éduquer un enfant est une mission journalière, une mission compliquée, épuisante parfois mais elle doit avoir lieu et doit être appliquée dès la naissance de l’enfant et non pas lorsqu’il a déjà conquit du terrain à la maison et qu’il devient insupportable...

Un parent doit se poser en tant que tel dès les premières années. L’enfant n’en sera que mieux et n’ayons pas peur, si F. Dolto était là, elle ne me contredirait pas : l'enfant ne nous détestera pas parce que l’on pose des règles, puisqu’il en a besoin pour grandir sereinement.

Un parent ne doit jamais renoncer pour l’enfant parce que la société ne fera pas son rôle à sa place et aussi parce que l’enfant vous en voudra probablement de ne pas avoir rempli votre rôle de parents, même si vous avez eu à l'époque les meilleures excuses ou arguments du monde.

- Ce livre soulève aussi les problèmes rencontrés dans les quartiers « chauds » ou démunis, ceux où le chômage est très présent, où les enfants sont dans les rues plutôt qu’à l’école... Ceux dont la société se moque...

C’est un problème qui existe, mais que faire ? Ils ont bien essayé de poser des mesures comme la suppression des allocations familiales en pensant responsabiliser les parents d’enfants délinquants. Mesure prise à la volée, histoire de dire que la société s’en préoccupe, mais la délinquance a-t-elle pour autant reculée dans ces quartiers ? Je ne pense pas...Une mère isolée, ou des parents dépassés, argent ou pas, ne peuvent pas gérer un enfant délinquant !

Seuls les frigidaires ont pris un peu plus d’échos qu’ils n’en avaient déjà suite à la suppression des allocs, au manque d’argent pour les remplir...

A qui doit-on en vouloir ? A ces délinquants, à leurs parents ? Qui sont les responsables ?

- Ce livre évoque aussi les problèmes d’Internet et de sa confidentialité. Sur Internet, on trouve de tout, énormément d’informations, mais une chose est certaine : vous pouvez supprimer ce que vous voulez, rien ne s’efface.... A savoir.

Cette lecture invite à s’arrêter un peu sur certains problèmes auxquels on ne réfléchit pas naturellement.

Des problèmes « accrocheurs » pour les journalistes mais pour lesquels on minimise le fond et surtout pour lesquels la société ne fait pas grand chose....

Bombes à retardement, vous dites ?

 

Merci aux éditions Max Milo ainsi qu' à l'auteur,

Jean Sébastien Hongre, pour cette lecture.

 

Rédigé par Lire, Ecrire, Raconter

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