"REPORTAGE" (suite) Partie 2/2 ------- Sur les pas d'Aragon - Elsa Triolet

La bibliothèque d'Aragon:

"REPORTAGE" (suite) Partie 2/2 ------- Sur les pas d'Aragon - Elsa Triolet

La bibliothèque de Louis Aragon, située sous la charpente, compte environ 30 000 ouvrages en plusieurs langues et de nombreux livres rares dédicacés.

65% sont dédicacés par les auteurs eux-mêmes, amis du poète, comme Paul Éluard, Jean Cocteau ou encore Georges Perec.

Malheureusement je ne l'ai pas visitée, elle est interdite au public, mais quand je vois la somme de livres présents dans la maison, j'imagine que la bibliothèque privée doit être démesurée. 

Aragon a toujours aimé les mots et les livres. A l'âge 7 ans déjà, il lisait beaucoup d'ouvrages, et même avant même de savoir lire, il dictait ses textes à sa "soeur".

Nous montons à l'étage par l'escalier en bois pour la suite de la visite et arrivons sur la mezzanine où l'on ressent les remous de l'eau sous nos pieds.

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Une table où un chapeau de mineur est posé, un tableau d'Aragon appuyé contre une bibliothèque et des objets décoratifs ornent la mezzanine.

D'en haut, la vue est incroyable, et l'on se rend encore mieux compte de l'ampleur du grand salon.

Nous traversons une nouvelle porte et arrivons à l'étage où l'on remarque un vieil éphéméride arrêté au 16 juin, date à laquelle Elsa est morte. Aragon n'a plus jamais arraché les feuilles suivantes.

On y voit aussi la cravate d'Aragon, accrochée au hasard ; cravate qu'il portait le jour de la mort d'Elsa, qu'il a posée là et n'a plus jamais touchée.

Le bruit de l'eau ne s'entend plus du tout... Sensation agréablement étrange.

En avançant un peu, on voit la salle de bain, le bureau et la chambre d'Elsa.

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À l’étage, Elsa a choisi une décoration dans les tons bleu glacés, sauf pour la salle de bain qui est dans les tons rose sur fond noir. Un fauteuil en osier est placé dans un coin.

Dans le bureau, Elsa s’installait dos au poêle et face à la fenêtre pour écrire. C'est ici qu'elle rédigea son roman "Le Cheval Roux".

Au mur, des photos racontant les grands moments de la vie de l’écrivaine, et un plan d’Avignon où elle fut résistante. On y trouve des livres imprimés en caractères cyrilliques, un poêle en faïence, un service en Baccarat bleu. Le bureau est resté tel qu'il l'était avant le décès d'Elsa. Rien n'a été touché. Tout est intact.

Un vide-poches en céramique reproduit la une d’un journal russe. Créatrice de bijoux de luxe dans les années 1930, Elsa a conservé des accessoires de ces années là. Elle les  fabriquait avec des éléments de récupération : isolateurs électriques etc... Un tampon est encore là, comme un souvenir du temps où Aragon les livrait à de riches clientes…

Le dessus de lit de la chambre est blanc. Le téléphone à cadrant semble être sur le point de sonner. Les lampes de chevet sont des lampes de wagons-lit achetées par le couple, d'autres lampes accrochées au mur proviennent du train de ligne Paris-Lyon-Méditerrannée.

Pour s'endormir, Elsa avait des somnifères, mais pas n'importe lesquels ! Des polars (Série Noire) qu'elle cachait dans une armoire fermée à clé ; lire des polars n'était pas digne de leur renommée.

La fenêtre étant ouverte, j'ai pu contempler la vue qu'Elsa avait lorsqu'elle était assise à son bureau. Une vue magnifique sur le parc.

A l'époque, Elsa y voyait deux grands hêtres. Elle disait :

"Au pied de ces deux grands hêtres reposeront deux grands êtres"

Les hêtres ont été arrachés par la tempête de 1999, mais c'est tout de même à cet endroit qu'Elsa et Aragon reposent aujourd'hui.

(tasses à l'effigie du couple vendues à la boutique)

(tasses à l'effigie du couple vendues à la boutique)

Je quitte le bureau, descends par des petits escaliers en bois qui me ramènent à la boutique.

Je termine cette visite avec un sentiment de bien-être. La guide reste à notre disposition quelques moments encore.

Cet endroit regorge de sentiments. Il y a bien entendu beaucoup d'amour et de sérénité qui se dégagent de ce  lieu, mais aussi de la tristesse, du temps passé qui ne sera plus et de  la mélancolie. Les objets n'ayant plus jamais bougé depuis le décès d'Elsa reflètent la douleur d'Aragon lorsqu'il s'est retrouvé seul, sans elle.

Cet endroit  n'est pas un lieu de mémoire comme les autres.

J'ai eu l'impression de visiter une maison encore habitée, tellement l'endroit a été rénové de façon réaliste, dans le respect de ce qu'ils étaient, dans le respect de leur couple.

Je fais quelques achats dont deux livres, l'un d'Aragon "Les yeux d'Elsa" et l'autre d'Elsa "Proverbe d'Elsa", afin de les connaître mieux encore, pour le souvenir de cet endroit charmant et de ces deux belles personnes, mais aussi pour soutenir cette association tellement investie dans la mémoire de ces écrivains.

Il est 18h00, les visiteurs sont tous partis, il ne me reste que très peu de temps. Le Moulin va fermer et je veux aller faire un tour dans le parc.

On m'accorde encore 1/4 d'heure, j'y file de suite...

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L’avenir de l’homme, c'est la femme. Elle est la couleur de son âme. Louis Aragon

Après quelques mètres et plusieurs petits ponts de bois, j'arrive devant le tombeau blanc d'Aragon et Elsa Triolet.

Bercés par des chants d’oiseaux et la Sarabande de J.S Bach, ils reposent paisiblement au milieu de la végétation.

Le grand jardin orné de sculptures d'artistes connus comme Pat Andrea, Denis Monfleur, Bernar Venet, offre un cadre romantique et paisible.

Des citations ou poèmes sont dispersés au pied des arbres, le long du chemin de balade.

L'eau, les fleurs, les oiseaux, le calme,  on s'y sent vraiment bien.

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Sur leur tombeau est inscrit :

« Quand côte à côte nous serons enfin des gisants, l'alliance de nos livres nous unira pour le meilleur et pour le pire, dans cet avenir qui était notre rêve et notre souci majeur à toi et à moi. La mort aidant, on aurait peut-être essayé, et réussi à nous séparer plus sûrement que la guerre de notre vivant, les morts sont sans défense. Alors nos livres croisés viendront, noir sur blanc la main dans la main s'opposer à ce qu'on nous arrache l'un à l'autre. ELSA »

Ma visite s'achève ici. Je passe remercier les responsables de ce bel endroit avant de quitter les lieux.

Je repars avec de très bons sentiments. J'ai vu, lu, observé, écouté et beaucoup appris de ces deux grands écrivains.

Je suis contente qu'il existe en France un tel endroit, ravie qu'il y ait eu de tels artistes, et que notre pays détienne un si riche et si beau patrimoine culturel.

De pièce en pièce, le visiteur découvre Aragon, en apprend sur son œuvre littéraire et ses convictions politiques. Il se dévoile ici sous toutes ses facettes.

C'était un intellectuel engagé, un communiste, un grand écrivain et un grand amoureux.

On apprend à connaître aussi Elsa, sa vie, ses goûts, ses écrits et le mouvement surréaliste qui les a tous deux marqué.

On découvre leurs amis, comme entres autres Fernand Léger, Paul Eluard, Pablo Picasso.

Conformément aux vœux du couple, le moulin est aujourd'hui un lieu de mémoire géré par une association créée en 1992, pour la conservation du cadre de vie des deux écrivains, un lieu de recherche pour l'accueil des chercheurs et des créateurs, et un lieu de culture propice à l’organisation d’expositions, de rencontres et manifestations littéraires et artistiques.

 

ARAGON et ELSA sont encore ici, partout, dans chaque pièce, chaque objet, assis sur le banc devant la maison, ou se baladant main dans la main à travers le parc.

Toutes choses présentes en ce lieu ont une seule histoire, la leur.

Un endroit à (re)découvrir, pour les amoureux de belle littérature et/ou pour ceux qui doutent encore que seul l'amour donne un sens à la vie et produit de grandes choses.

Je vous invite à vous y rendre, vous ne serez déçus en aucun cas, mais serez séduits à coup sûr ! Même si vous n'êtes pas grand(e)s fans de ces écrivains, cet endroit vous touchera, vous en ressortirez  différents...

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Les mains d'Elsa

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé
Lorsque je les prends à mon propre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fuit de partout dans mes mains à moi
Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli
Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots
Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu
Donne-moi tes mains que mon cœur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement …

ARAGON

(Paroles tirées d'un texte d'ARAGON)

 

« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous »

comme l'écrivait si joliment Paul Eluard.

 

Leur rencontre avait été suggérée par un ami.

A cette époque, Aragon, un homme distingué, surréaliste et charmant,

se relève difficilement d’une rupture amoureuse et de sa tentative

de suicide quelques temps plus tôt à Venise.

Elsa,  qui n’est autre que la belle-sœur de Maïakovski, est célibataire,

erre et vit dans la solitude, bien que toujours très entourée.

Aragon attendait Elsa au bar "La Coupole" à Paris, 

lieu fréquenté par beaucoup d'artistes.

Lorsqu'elle a poussé les portes battantes,

elle l’a vu de dos, assis au comptoir, vêtu élégamment d'un costume noir.

Il s’est retourné, leurs regards se sont croisés.

Ils se sont aimés instantanément et se sont mariés  en 1939.

Ce jour là, Aragon et Elsa avaient effectivement rendez-vous,

le rendez-vous de leur vie.

Le premier regard échangé, ils ne se sont plus jamais quittés.

Ils reposent aujourd'hui dans le parc du Moulin

et il me semble que même dans la mort ils sont encore ensemble...

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Pour en savoir plus :

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