"REPORTAGE" au Moulin de Villeneuve Sur les pas d'Aragon et Elsa Triolet Partie 1/2

Un havre de paix propice à l'écriture mais surtout à l'amour...

Un havre de paix propice à l'écriture mais surtout à l'amour...

Louis Aragon - Elsa TrioletLouis Aragon - Elsa TrioletLouis Aragon - Elsa Triolet

Louis Aragon - Elsa Triolet

La route m’amenant au Moulin traverse la forêt de Rambouillet, franchit de nombreux petits villages où les maisons en pierre et demeures cossues sont nombreuses.

La région est séduisante et je comprends pourquoi  elle a charmé les deux écrivains.

Il règne une atmosphère paisible. Le soleil est au rendez-vous et les arbres qui bordent la route ont gardé leur verdure, offrant ainsi de belles couleurs.

Ils m’ouvriront le chemin sur plusieurs kilomètres,  jusqu’à la maison des deux écrivains.

J’arrive dans le village de St Arnoult en Yvelines, des panneaux indiquent le lieu. Je les suis avec attention et pénètre dans une toute petite rue sans issue.

C'est au bout de cette rue, niché au cœur de la forêt, à la sortie du village  précisément, que se trouve le Moulin.

C’est à cet endroit qu’ont élu domicile pendant 31 ans Aragon et Elsa Triolet, sa femme. Ici qu’ils se sont tant aimés et qu’ils ont écrit quelques-unes des plus belles pages de la littérature française du XXe siècle.

C'est ici qu' Aragon conçut "La Semaine Sainte" et Elsa écrivit "Le Cheval roux".

Un parking est prévu, il reste peu de place.

Je suis étonnée de constater les nombreux visiteurs venus en ce samedi, pourtant inclus en période de vacances scolaires et de grand WE, mais également ravie que ce lieu vive autant ; je me gare.

Entre intimidation et curiosité, je longe la clôture en bois qui encercle le lieu sur laquelle sont accrochées des affiches d’expositions et événements prévus.

Par delà la clôture, j’aperçois le toit du moulin, et puis un peu du  parc.

Tout est si calme...

J’avance encore et arrive devant le grand portail en fer forgé où une plaque m’indique qu’ils ont bel et bien vécu ici.  

 

Bienvenue chez Aragon et Elsa Triolet.

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Je n’ai pas encore pénétré dans la cour, mais déjà je ressens que ce lieu n’a jamais cessé de vivre.

La maison eut autrefois plusieurs propriétaires comme Cartier-Bresson ou le directeur du Moulin Rouge (les danseuses venaient s'y reposer).

C'est en 1951 qu’ Aragon offrit cette maison à Elsa...

Déracinée puis longtemps errante,  Aragon voulut lui offrir "un petit coin de terre de France".  Il veilla à ce que l’acte de propriété soit établi à son seul nom : Elsa Triolet.

La maison, située sur les bords de la Rémarde, est entourée d’un parc de 6 hectares qu’Elsa décrit à l'époque comme une véritable friche : ronces, mauvaises herbes, orties entouraient cette bâtisse construite au XIIe siècle.

Par ailleurs, la maison avait besoin d’importants travaux, alors Elsa, diplômée en architecture, dessina les plans de plusieurs pièces et du parc. Elle prit aussi en charge la décoration intérieure selon ses goûts (à la fois campagnarde mais où il flotte tout de même un air de Russie), tandis qu’ Aragon s’occupait du bricolage et du jardin.

Il installa un éclairage dans le parc pour les promenades nocturnes, ainsi que le chauffage dans le moulin afin de protéger ses milliers de livres de l'humidité.

Aragon travailla durement et s'activa chaque jour à l'extérieur tandis qu'Elsa mit à profit ses talents de décoratrice et redonna vie à la maison.

Ensemble, ils apportèrent au Moulin une seconde jeunesse, sans le dénaturer ni lui ôter son charme.

Au décès d’Elsa, le 16 juin 1970, le temps s’est figé et l'on découvre la maison telle qu’ils l’ont laissée.

En 1976, Aragon en fit don à l’état afin que ce lieu devienne un "lieu de recherche et de création".  Il mourut en 1982. 

« Il faut percer des fenêtres dans les pièces sombres, refaire le revêtement des murs humides, réparer tous les volets, les châssis, les serrures. Elsa T - correspondance avec Lily Brik, sa soeur.»

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Je pousse le portillon en fer forgé et découvre une grande cour pavée.

Le parc est joliment entretenu, il y a un petit étang, des fleurs, des statues, un banc. Quelques maisonnettes en pierre sont situées sur le côté.

Au loin, j’aperçois de grandes sculptures, et à ma gauche la façade de la maison.

Un panneau m’indique l’entrée visiteurs, ou le salon de thé. J’avance sur les pavés.

Des visiteurs se baladent et prennent des photos, d’autres se reposent assis sur les bancs du parc.

Profitant de cette atmosphère hors du temps, ils chuchotent comme pour ne pas déranger les maîtres des lieux.

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  Je sais que les visites du moulin sont guidées, je me dirige donc vers l’entrée des visiteurs.

Trois femmes se tiennent derrière un comptoir et me souhaitent chaleureusement la bienvenue .  Je suis désormais dans la maison.

Je remarque des cartes postales du Moulin et des textes d'écrivains en vente sur le présentoir, juste à l'entrée. A ma gauche, dans un petit salon, une vidéo en noir et blanc retrace la vie du couple. Le sol est en tomettes rouges, les murs blancs. Des visiteurs règlent leurs achats, alors pendant ce temps je décide de jeter un œil à la boutique.

De nombreux ouvrages d’Aragon et d’Elsa Triolet sont alignés. Des tasses, crayons, stylos, montres, marque-pages, et objets variés à leur effigie y sont aussi présents. Je parcours les œuvres d’Aragon et constate leur multitude.

Je ne connais pas les ouvrages d’Elsa Triolet, il y en beaucoup aussi. Au fond de la boutique, une pièce où sont exposées les œuvres de Sung Hy Shin. Comme l’avait souhaité Aragon, ce lieu reçoit régulièrement des artistes, musiciens,  poètes, écrivains...

 

Je flâne tranquillement quand la guide, l'une des trois femmes, annonce le début de la visite. Une dizaine de visiteurs sont déjà présents. J’achète alors précipitamment mon ticket, et pour seulement 8 €, je vais entrer dans l’intimité de ce célèbre couple. Je suis venue également avec mes enfants, l’entrée est gratuite pour les moins de 15 ans.

La guide ouvre une porte donnant sur un petit couloir et nous invite à entrer. Nous sommes une douzaine.

La visite commence, nous arrivons dans la cuisine.  

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La guide se place au milieu du groupe, nous invite à nous assoir si nous le souhaitons, nous indique que les photos sont interdites à l'intérieur de la maison, et commence sa narration.

Ce qui est tout de suite agréable, c’est qu'elle ne fait pas que raconter l’histoire, elle la vit. Elle explique avec cœur et l’on ressent son attachement à ce lieu, les sentiments qui l’animent et son investissement à nous parler de cet endroit et de ce couple.

Elle veut que l’on participe, que l'on prenne le temps de regarder tranquillement, que l’on pose des questions, elle aime y répondre. Si je ne savais pas qu'elle est guide, ni où je me trouve, je pourrais aisément penser que cette femme parle de ses parents, tant elle explique avec passion.

De ce fait, nous aussi avons le sentiments d'être proche de ce couple mythique, d'être des amis...

Le style campagnard et rustique de cette première pièce est parfaitement adapté à ce magnifique lieu.

Elsa Triolet aimait chiner dans les brocantes et rapportait de nombreux objets pour décorer la maison. Elle affectionnait particulièrement le bleu de Delft, une céramique célèbre dans le monde entier, que l'on produit à Delft depuis le 17e siècle. Les murs sont donc recouvert de faïence en bleu de Delft, ainsi que certains objets.

Une grande table en chêne trône au milieu de la pièce, une horloge comtoise est disposée dans un coin ainsi qu'un réfrigérateur des années 1950 encore en état de fonctionnement.

Elsa aimait aussi détourner les objets de leur vocation initiale; on voit une balance de cuisine transformée en luminaire.

Les personnalités célèbres de l'époque venaient leur rendre visite et certains offraient au couple une de leurs œuvres. C'est pourquoi, sur la table de la cuisine, il n'est pas étonnant de trouver un dessous-de-plat signé Pablo Picasso, ainsi qu' une céramique de Fernand Léger, inspirée par le roman d’Elsa, "Le Cheval roux".

Des œuvres d'artistes célèbres sont d'ailleurs dispersées un peu partout dans la maison.

La visite va continuer, nous approchons de la porte suivante et l'on peut voir une statuette de taureau accrochée tout près de la sortie, taureau qui veillerait sur la maison...

La porte s'ouvre pour la suite de la visite... et nous arrivons maintenant dans le bureau d'Aragon

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Aragon ne s'est plus assis dans cette pièce depuis maintenant 31 ans, mais il semble pourtant ne s'être absenté que depuis quelques minutes à peine...

Il règne une atmosphère étrange, une impression de le déranger alors qu'il n'est pas là.

C'est dans cette petite pièce à la décoration essentiellement bois qu'il écrivit une grande partie de son œuvre.

Une grande cheminée investit un pan de mur. Dessus trônent une œuvre de Pablo Picasso et quelques paquets de tabac datant de la guerre. Une canne y est suspendue, celle de Lily, la sœur d'Elsa, oubliée lors de sa venue ici pour les obsèques d'Aragon.

Sur les bibliothèques gorgées de livre, on trouve un portrait d’Elsa, photographiée par Gisèle Freund ainsi qu' un buste de l'Abbé Grégoire fait par le sculpteur David d'Angers.

Dans un grand cadre, le poème de Paul Eluard "Liberté".

Sur une céramique, un poème écrit par Aragon pour Elsa à l'occasion des 18 ans de leur rencontre.

Sous le bureau, un tapis. Dessus, un nécessaire à écriture rouge et noir, un ouvre-lettre, une lampe.

Son fauteuil imposant en cuir marron, relativement usé, montre les heures passées par Aragon à écrire à cet endroit.

Nous voilà maintenant dans le grand salon.

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 Cette pièce est extraordinairement belle avec ses poutres apparentes et ses grands volumes : 75 m² pour 5 m de hauteur sous plafond.

Un grand escalier en bois mène à une mezzanine, mais encore plus incroyable, cette pièce touche la cage de l'ancienne roue à eau. La chute d’eau qui entraînait autrefois la roue du moulin est restée visible par un grand œil de bœuf situé au centre de la pièce.

Son bruit surprend au début, mais il apporte calme et fraîcheur.

On y trouve une cheminée monumentale, d'immenses bibliothèques vitrées, des fauteuils, dont le fauteuil à cornes russe d'Elsa, une grande table en bois et ses bancs assortis, une  vaste table de boucher, ou le piano d'Elsa au pied de l'escalier.

Contrairement aux autres pièces, celle-ci semble plus habitée que les autres.

On penserait qu'Aragon et Elsa sont là... Sans pouvoir l'expliquer, on ne se sent pas seul mais comme observé... Cette pièce est l'âme de la maison alors peut être que pendant que nous la visitons, ils sont confortablement installés sur les fauteuils, à écouter la guide... 

Pour la petite histoire : Aragon, un homme caractériel ?

Aragon adorait parler entouré de ses amis dans le grand salon mais aimait surtout qu'on l'écoute attentivement et ne supportait pas d'être interrompu.

Lorsque ça arrivait et qu'il ne pouvait parler librement, il se fâchait et s'en allait augmenter le débit de la rivière, de façon à ce que le bruit de la cascade empêche toute conversation.

Elsa qui avait de la répartie et du caractère disait alors:
"Aragosha fait son petit opéra...!"

POUR LA SUITE DE LA VISITE - PARTIE 2  

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