"LE PURGATOIRE DES INNOCENTS"

Note:
Purgatoire des innocents
A paraitre le 07/05/2013 - Editions Fleuve Noir.

A paraitre le 07/05/2013 - Editions Fleuve Noir.

Tout en parlant, il vient d'arracher l'ongle de l'orteil suivant avec la tenaille. Il a l'impression qu'il va s'évanouir....Son frère pousse un nouveau cri, son cœur s’accélère, encore et encore...Au bout de dix minutes, Papa contemple le résultat avec une grimace de dégout. Plus un seul ongle au pied gauche...

"LE PURGATOIRE DES INNOCENTS" "LE PURGATOIRE DES INNOCENTS"

Tout d’abord, je voudrais commencer par changer le titre.

A la place de « LE PURGATOIRE », je nommerai ce livre : « L’ENFER », ce qui ici, convient beaucoup mieux. Le purgatoire est un pallier intermédiaire sur le chemin du Paradis. Séjour provisoire destiné à ceux qui se purifient avant d'accéder au ciel. Il ressemble à l'enfer parce qu'on y souffre, certes, mais cette souffrance n'est pas seulement un châtiment : elle a valeur réparatrice et purificatrice.

Le lieu principal du livre ne ressemble pas du tout à cette définition ! Sinon pourquoi l’auteure y aurait-elle fait entrer deux si jeunes personnages, beaucoup trop jeunes pour souffrir et purifier leurs âmes, qui ne seront en rien réparées.

Cependant, après réflexion, peut-être que le titre s’adresse aux lecteurs ? En effet, nous entrons au purgatoire dès la première page du bouquin, nous souffrons, cela ne purifie pas nos âmes mais bon… pourquoi pas ! Et lorsque la lecture est terminée, nous voilà au paradis ….

Dans cette dernière hypothèse le titre est valable, mais sinon, le mot est très mal choisi car les victimes de ce livre tombent directement en enfer. Pas de flammes, mais des souffrances atroces.

"LE PURGATOIRE DES INNOCENTS" "LE PURGATOIRE DES INNOCENTS"

Le début de l’histoire est un peu « cliché » certes, mais connaissant l’auteure, je pensais qu’elle aurait brillamment joué avec ce « cliché » et crée une histoire inattendue. Les personnages du livre ont une forte personnalité et l’on se laisse facilement attiré dans ce huis clos mais vers la moitié du livre, on ressent une impression de « tourne en rond ».

On attend vivement l’entrée en scène d’un personnage devant arriver sous peu, dans l’espoir  que l’histoire prenne un nouveau virage.

Et ce personnage ne se fait pas attendre. Il arrive, se fait remarquer et sa personnalité apporte un peu de nouveauté. Oui mais…MAIS…Attention, ce personnage est complètement inhumain, une véritable créature folle à lier, et Karine Giebel va le laisser totalement faire ce qu’il veut ! Et comme il ne fait que le pire, je vous laisse donc imaginer. Je dirai même qu’elle l’encourage dans ses actions et fait de lui un véritable tortionnaire !

Nous voilà donc partis pour 600 pages, enfin que dis-je, 300 pages, car la première partie est violente, mais tout de même moins que la suite, alors je dirais nous voilà partis pour 300 pages de tortures, d’actes de barbarie, de sévices, de violences physiques horribles mais aussi de violences psychologiques. Si ce n’était que ça me direz-vous, ce n’est pas la première à écrire de telles choses. C’est vrai. Ce qui est regrettable dans ce livre, c’est que l’on découvre que tout cela se produit sans véritable sens, sans raisons valables, juste parce que ce personnage est censé être fou, être un pervers, et qu’il désire obtenir une chose futile de la part de ses victimes. Comparativement à ce qu’il leur fait subir, c’est démesuré. Cependant, ce qui m’offense, ce n’est pas la cruauté des personnages, c’est qu’ici Karine Giebel semble s’amuser avec ses personnages comme de véritables marionnettes. Elle les fait souffrir sans ménagement ! Innocents ou non. Enfants ou pas. Tout sera bon pour qu’ils souffrent de plus en plus sans aucune pitié. De ce fait, je me demande : comment les considère-t-elle … ?

"LE PURGATOIRE DES INNOCENTS" "LE PURGATOIRE DES INNOCENTS"

Ce tortionnaire, bien que fou, semble au début intéressant mais après il est abject. On ne peut même pas lui trouver les fameuses « circonstances atténuantes » dans la mesure où l’on sait trop peu de lui et ce peu n’excuse en rien ses attitudes et n’explique pas ce qui le pousse à faire cela. Heureusement que tout ceux qui ont connus de telles souffrances dans l’enfance ne deviennent pas comme lui ! Il aurait fallu révéler un peu plus de la vie de cet ignoble personnage pour que l’on puisse, même un peu, le comprendre. Ici, le lecteur ne le comprend absolument pas. Pourtant, l’auteure a veillé à bien expliquer le passé des victimes depuis leur enfance, afin que le lecteur s’attache à eux, qu’il les connaisse mieux, les comprenne, alors pourquoi n’en a-t-elle pas fait autant pour le bourreau ?

Il est le Mal incarné me direz-vous ? Oui, il aurait pu l’être et dans ce cas, sa cruauté aurait été finalement non pas moins ignoble mais plus crédible. Or, le problème réside dans le fait qu’il n’est pas écrit comme le Mal incarné, et c’est cela qui me dérange. Pour qu’il soit le Mal incarné et que ses actes soient justes, il aurait fallu qu’il soit totalement fou, intouchable, un véritable psychopathe, inhumain, coupé de tout sentiments. Seulement ici, on le sent parfois touché par les mots d’autres personnages, il sait aussi se montrer tendre, attentif, alors sa violence apparaît démesurée et sa cruauté devient alors incompréhensible.

Les premières 300 pages nous plongent dans cet enfer. On pardonne les barbaries de la première partie parce que l’on fait connaissance avec les personnages, on plonge dans l’intrigue, on ne sait pas encore tout, beaucoup de questions se bousculent, alors le lecteur peut maintenir un peu sa respiration, le temps que ça passe, pensant qu’elle s’atténuera et prendra un sens mais en vain. J’attends encore.

Des coups, des sévices, des traumatismes, et tout cela pour en arriver où ? Tout cela pour quoi ? Satisfaire les pulsions sadiques de certains lecteurs ? Personnellement, je ne suis pas sadique et dès la moitié du livre, j’étais déjà en overdose. 

La torture sur des adultes n’a déjà aucun sens en général,  cependant, elle peut être écrite sans demeurer nauséeuse pour autant…Par contre, la torture sur enfants, écrite, vue ou entendue, c’est beaucoup moins digeste et lorsqu’elle est mise en avant si sadiquement comme dans ce livre, c’est simplement inacceptable.

La lame a formé des formes géométriques à l'intérieur de sa cuisse gauche. Papa trouve ça joli. Il lèche le sang qui s'échappe des multiples blessures pour mieux admirer son œuvre....

J****** lit sans ses yeux que ce n'est pas terminé. Il approche sa bouche de la sienne, descend sur sa gorge. Puis il soulève sa tunique, embrasse son ventre et soudain, la mord jusqu'au sang. Avant de s'évanouir, J****** comprend qu'il est en train de la dévorer...

J’aurai pu refermer ce livre, c’est vrai, mais je l’ai continué, non pour la qualité de l’histoire, mais pour ces pauvres « innocents ». Par ailleurs, j’espérais que l’auteure nous ouvre un petit coin de ciel bleu, même à la toute fin. J’aurais voulu trouver un peu de soleil, un peu d’espoir,  mais non, rien. Quelle déception ! Du noir, du sombre, du triste, et jusqu’à la dernière ligne les personnages souffrent.

Sade, dont l’auteure nous offre  "gentiment" certains passages d’un de ces livres, était violent  mais écrivait avec sens.

J’aime le noir, le sombre, voir même le gore. J’en lis beaucoup, et rien ne me choque vraiment mais je ne l’apprécie que lorsqu’il bien maitrisé, bien employé. Ici, de nombreuses scènes ne servent à rien. Le lecteur subit la torture mais elle n’apporte rien au reste de l’histoire. Elle ne fait qu’achever un peu plus les personnages qui sont déjà très amochés.

Le livre se termine sur une séquence « émotion »… Un paragraphe « Apitoiement du lecteur » qui a été sous tension pendant 600 pages, peut être ? Réussi pour certains probablement, mais pour ma part, ça n’a fait que renforcer l’idée que j’en avais : quelle violence inutile ! Quel plaisir peut avoir un auteur à infliger à un enfant  une telle sentence que celle de le plonger à jamais, à la fin de son livre, vers un avenir si sombre et triste?…Pas de réponse à cela non plus...

"LE PURGATOIRE DES INNOCENTS" "LE PURGATOIRE DES INNOCENTS"

Par ailleurs la 4ème de couverture est trompeuse. Je m’attendais à un thriller , certes violent, comme Karine G sait si bien en écrire, mais pas à une telle violence, pas à devenir la spectatrice de sévices sur autrui, sur enfants. J’ai le sentiment de m’être fait prendre au piège par l’auteure et je n’aime pas ça. Je n’aime pas que l’on m’impose de regarder de telles horreurs. J’estime qu’il devrait y avoir une information indiquant qu’il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Il devrait même être déconseillé au moins de 18 ans et aux âmes sensibles. Avec certitude !

J’ai lu, il y a quelques semaines, «Sa vie dans les yeux d’une poupée», qui est lui aussi un livre très violent, choc, ignoble même par moment, mais ces faits ne sont pas balancés gratuitement. L’auteure respecte ses personnages, les contrôle. Le lecteur n’est pas pris au piège contre son gré dans une sordide histoire. Il sait que c’est un thriller, la couverture indique que ça va être sombre et glauque, mais Ingrid Desjours n’a pas la plume sadique et exhibitionniste juste pour le plaisir. Les mots sont pesés, l’ambiance est équilibrée… Bref, un auteur a le droit d’être violent mais pas sadique gratuitement.

Prenons l’exemple aussi du livre de Christelle Mercier, « The Hunter ». Il est très dur et les critiques sont mitigées. Trop de violence sur enfants, trop de détails. Très choquant. OUI, c'est vrai mais ici, l’auteure ne ment pas au lecteur. C’est le thème principal du livre et c’est clairement énoncé sur la 4ème de couverture alors ensuite, libre au lecteur de le lire ou non. Pour ma part, j'en ai lu quelques extraits. Le thème ne m'attire pas plus que ça mais malgré tout, j'ai remarqué que Christelle Mercier a écrit cela pour dénoncer une réalité et même si ses mots sont crus, que la violence des faits saute au visage, tout cela n’est encore une fois, pas gratuit, ni inutilement sadique.Elle ne semble pas jubiler à écrire avec insistance de telles choses. En tant que mère de famille, ses tripes ont certainement fait plusieurs fois des nœuds même si elle a osé dénoncer une si dure réalité. C’est donc bien différent...

"LE PURGATOIRE DES INNOCENTS" "LE PURGATOIRE DES INNOCENTS"

Un auteur n’a pas tous les droits et ne doit pas écrire n’importe quoi. Des lecteurs le lisent, certains l’admirent, le suivent à chaque livre, il a donc une certaine responsabilité envers eux et un respect à avoir pour eux.

Le livre ne doit pas être un support pour véhiculer n’importe quoi, juste parce que le CSA n’a pas son mot à dire. Il peut dénoncer, choquer, heurter, faire pleurer, certes, mais il faut qu’il y ait un sens à cela. La violence est autorisée si le lecteur la comprend, si elle enrichit le livre, les personnages, et si au final le livre porte une morale, mais le mal pour le mal n’a rien d’intéressant et d’excitant (pour ma part). Il expose des horreurs à l’état brut et  laisse juste le lecteur avec ses horreurs. Sans conclusion. Sans explication.

Bien que Karine Giebel ait une belle plume, (encore ici, c’est très bien écrit, ce n’est pas ça le problème), même si sa renommée n’est plus à faire, si elle a déjà écrit de très bons livres, si elle a été récompensée pour certaines de ses œuvres , « Le purgatoire des innocents » me laisse un goût très amer et me contrarie beaucoup.

Karine Giebel en propose ici une compilation aux effluves des affaires:

  • Dutroux, Lydia Guardo, Fritzl, Véronique Courgeau…

Le côté humain a été omis pour ne mettre en lumière que la cruauté de ces sombres affaires, et de ce fait ce livre est un véritable supplice, nous extirpant une seule question à sa dernière phrase : Pourquoi ? Pourquoi tout ça ?...Malgré un début de lecture prometteur de bons moments, je n’approuve pas du tout ce genre de récit voyeuriste de la souffrance des autres. Cela dit, si vous voulez torturer gratuitement vos ennemis, ce livre peut être un très bon guide...

Dans une interview trouvée sur le net, datant du 23 Avril 2013, l’auteure répondait à la question : - Vous fixez-vous des limites pour ce genre de scènes ?

K.G : Pas de violence gratuite, injustifiée. Pas de déballage sanguinolent ou de « boucherie » ! Pas d’éviscération, d’autopsie, etc. Plutôt une violence larvée, suggérée. Ce qui est bien plus délicat à écrire d’ailleurs. Quand je raconte une histoire violente, je marche sur un fil, ténu. Je me transforme en funambule. La violence doit avoir son utilité dans l’histoire que je raconte. Sinon, elle n’a pas sa place.

En effet, Karine Giebel, j’adhère entièrement à vos propos et ne remets pas en question votre envie de ne pas écrire de violence gratuite, mais votre réponse m’étonne tout de même. A mon grand regret, je pense que votre dernier livre, contient beaucoup trop de violence « gratuite ». A ce degré là, il convient de dire qu’elle n’a pas sa place…

J’espère un jour avoir l’occasion d'en discuter avec vous …

Les plus courageux pourront donc se le procurer à partir du 07/05 aux éditions Fleuve Noir.

 

 Mais attention, il n'y a pas que la télévision qui puisse être malsaine, un livre peut avoir le même pouvoir,

alors attention aux jeunes lecteurs!

  

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